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Il y a 200 000 ans, l’homo sapiens a été ensemencé dans notre galaxie par une race aujourd'hui disparue. L’une de ces civilisations vient d’arriver sur la Terre. Ces humains vivent parmi nous, sans révéler leur présence. Mais dans des circonstances exceptionnelles, ils peuvent nous contacter ou nous découvrons leur existence….. J’ai regroupé ces aventures dans deux recueils de nouvelles et trois romans, dont deux sont publiés aux Editions Thélès. " Retour sur Méga " et toutes mes nouvelles " Les visiteurs stellaires " et " Nos amis venus d’ailleurs " sont en lecture gratuite sur www.lecturegratuitepourtous.com
Mes romans " Objectif Terre " et " Pour une autre Terre " sont en vente chez www.amazon.fr
Pierre Chonion
ÉVENEMENT INATTENDU
1Bob Harley était assis au premier rang, fasciné par la scène qu’il filmait. Sur le ring, une catcheuse de son âge grimaçait de douleur et suffoquait, le cou compressé par l’avant-bras replié de son adversaire, la tête serrée contre la poitrine de cette dernière qui appuyait de tout son poids sur elle. Dans un élan désespéré, la jeune fille réussit à coincer entre ses jambes la tête de l’autre combattante, une femme nettement plus âgée, qu’elle envoya rouler sur le côté, d’un cri rageur. La plus ancienne des deux japonaises se releva lentement, souleva son adversaire à moitié groggy au-dessus de sa tête, puis la laissa retomber sur le dos. Sa victime poussa un cri terrifiant et se tordit de douleur. Sa tortionnaire n’en avait pas fini. Elle releva la malheureuse et la projeta contre les cordes. Ces dernières, par un effet de ressort, l’éjectèrent au niveau du premier rang des spectateurs. Le Génusien laissa tomber son caméscope lorsqu’il se retrouva avec ce tas de chair inerte sur ses genoux. L’extraterrestre, à l’aspect parfaitement humain, dans un mouvement rapide et imperceptible, sortit un minuscule cylindre de sa poche et vaporisa un gaz sur le visage tuméfié. L’Asiatique reprit immédiatement connaissance et regarda cet étranger de type européen avec une grande stupéfaction.
Quelques secondes plus tard, elle était de nouveau entrée dans l’arène. La physionomie du combat changea alors complètement. La championne en titre succombait sous ses coups. Crochets du droit, du gauche, uppercuts, celle que tous les spectateurs voyaient déjà repartir sur une civière, se vengeait d’une manière spectaculaire, encouragée par un public en délire. Elle maintenait son adversaire dans un coin du ring, contre les cordes, l’empêchant d’une main de s’écrouler et de l’autre, lui assénant des coups d’une violence inouïe. L’arbitre décida d’arrêter là le massacre.
Plusieurs générations de Génusiens avaient vécu à bord du Veltix avant d’atteindre la Terre cinq ans auparavant. Ils vivaient à l’écart de cette civilisation terrienne barbare, dans leur base souterraine des Montagnes Rocheuses. Parfois, ils se mêlaient à elle pour mieux l’étudier, mais sans jamais révéler leur présence.
Antarès avait opté pour le nom de Bob Harley. Tous ses papiers étaient faux, mais aucune autorité ne pouvait déceler la supercherie. Les visiteurs refusaient délibérément d’exercer la moindre influence sur la destinée de l’humanité, ce qui ne les empêchaient pas de pénétrer dans la mémoire des ordinateurs des administrations et des multinationales, de s’imprégner par tous les moyens de cette étrange culture et cohabiter avec les Terriens sans jamais être pris au dépourvu. D’ailleurs, le gaz du minuscule vaporisateur qu’il portait sur lui pouvait décupler ses forces, avantage non négligeable en cas d’agression.
La nouvelle championne exultait. Ses deux poings tendus à bout de bras au-dessus de sa tête, elle saluait le nombreux public. Son regard croisa celui d’Antarès au moment où celui-ci s’arrêta de la filmer. Elle le fixa intensément, lui sourit et lui envoya un baiser de la main.
L’extraterrestre n’était pas venu assister à ce combat dans le but de se divertir. Les Génusiens désap-prouvaient toute forme de violence ou de domination. D’ailleurs les sports de combat n’existaient pas dans leur monde. Il avait vingt ans et terminait son cycle d’études par la rédaction d’un mémoire portant sur le catch féminin au Japon. Au travers de celui-ci, il entendait démontrer la décadence des mœurs dans une civilisation qui courait à sa perte. Son intention était de se faire passer pour un journaliste américain et d’interroger le vainqueur du combat de cette soirée. Il ne savait pas comment s’y prendre, mais le coup de pouce du destin et sa propre intervention allaient certainement lui faciliter la tâche.
Il attendit un quart d’heure, assis à la terrasse d’un bar, visionnant ses prises de vues d’un œil sur son caméscope et de l’autre, surveillant la sortie de la grande triomphatrice de la soirée, espérant que personne d’autre que lui ne l’attendrait. Son vœu se réalisa quand il la vit traverser la rue. Il faillit ne pas la reconnaître à cause des grosses lunettes noires qui cachaient son œil tuméfié. Il se précipita au-devant d’elle.
-Bonjour Yuko, vous me reconnaissez ?
Il connaissait son prénom pour l’avoir lu sur le programme. Elle ne parut pas surprise.
-Comment pourrais-je vous oublier ? J’espérais bien pouvoir vous rencontrer pour vous remercier.
-Je m’appelle Bob Harley. Vous voulez prendre un verre ?
-C’est gentil à vous, Bob, mais je n’ai qu’une envie, rentrer au plus vite chez moi pour me remettre de tous ces coups reçus. C’est à deux pas d’ici. Vous m’accompagnez ?
-Avec plaisir.
-Mais qu’est ce que vous m’avez donc fait ? J’ai repris connaissance d’un seul coup sur vos genoux et je me suis sentie complètement revigorée. J’ai tapé sur cette garce comme une malade.
Le Génusien sortit sa capsule de sa poche.
-Je vous ai fait respirer un gaz un peu spécial.
-Un peu spécial ? Mais il réveillerait un mort ! Ses effets sont tout simplement miraculeux ! Ca ne peut pas exister !
-Vous avez en partie raison. Il n’existe pas en dehors de quelques privilégiés dont j’ai la chance de faire partie. S’il était commercialisé, il fausserait toutes les compétitions sportives.
-Mais il améliorerait le sort de centaines de millions de malades et de vieillards !
-Et dans cinquante ans, il y aurait quinze milliards d’habitants sur la Terre, principalement des vieux.
-Quand même !
-Croyez-moi, cela nous pose un vrai cas de conscience, mais ce genre de décision ne dépend pas de moi.
-Mais de qui ? Et d’ailleurs qui êtes-vous ?
-Je termine mes études de médecine. Je vis dans un centre dont les activités doivent être tenues secrètes. Je regrette, mais je ne peux pas vous en dire davantage sur ce sujet.
-Ces gens-là exercent un chantage sur vous ?
-Je comprends votre méfiance, mais les choses ne sont pas si simples. Nous avons le sens de la justice et de la solidarité et nos intentions sont bonnes. C’est ce qui importe avant tout.
-Vous l’avez prouvé en m’aidant à vaincre. Je ne vais pas vous embêter davantage avec mes questions.
Elle l’invita à monter chez elle, un petit appartement situé au trente sixième étage, dans l’une des principales avenues de Tokyo.
Yuko se précipita vers le réfrigérateur.
-Je suis affamée.
-C’est normal, après une telle débauche d’énergie. Surtout sur la fin. Quelle raclée vous lui avez mise !
-Me ferez-vous l’honneur de partager mon modeste repas ?
-Ce n’est pas de refus.
Le modeste repas occupait toute la table. La catcheuse parla longuement de sa vie et de son métier. Ses parents, eux aussi catcheurs, l’avaient encouragée dans cette voie. Elle ne cacha rien à son invité ; elle lui parla des problèmes de dos et de reins de sa mère, conséquence de la violence des innombrables coups reçus, de la cataracte précoce de son père, imputable elle aussi à la pratique intensive de ce sport et de ses propres souffrances physiques les jours suivant ses combats. Elle vivait dans un monde dur, brutal et violent où il fallait payer le prix fort pour espérer pouvoir s’en sortir.
A la fin du dessert, Bob déclara :
-Je dois rédiger un mémoire sur le catch féminin au Japon, ses excès, ses répercussions physiques et expliquer pourquoi on en arrive à de telles extrémités. Vous m’avez beaucoup aidé et je vous en remercie. J’espère que vous m’autoriserez à rapporter certains de vos propos. Bien sûr, je ne citerai pas votre nom.
-Vous le pouvez. Je vous autorise même à publier un article dans la presse, si cela est possible. Ce serait un bon moyen de dénoncer les dérives de notre société. Je ne les partage pas, croyez-moi.
-Nous non plus et je suis heureux de vous entendre parler ainsi.
Le Génusien tendit le bras en direction du caméscope qu’il avait posé sur un meuble.
-Il a tourné durant tout le repas, mais je peux tout effacer si vous le souhaitez.
-Non, c’était une bonne idée. Faites-en un bon usage.
La jeune asiatique voulut se lever de table, mais elle s’arrêta en grimaçant, au milieu de son mouvement.
-Yuko ! Que se passe-t-il ? s’inquiéta son invité.
-Ce n’est rien, ce sont des courbatures. Ca va passer.
Mais son rictus ne la quittait pas et elle s’appuyait sur la table, longuement.
-Aide-moi à regagner ma chambre, s’il te plait.
Bob fut surpris par cette soudaine familiarité, mais il n’en fit rien paraître. Arrivés au bord du lit, il déclara :
-Les techniques de massage font partie de mes cours. A l’occasion, je deviens masseur kinésithérapeute.
La sportive mal en point s’allongea sur le ventre, grimaçant sous l’effet de la douleur.
-Ôte mon sweat-shirt et dégrafe mon soutien-gorge, Bob.
Cette fois, ce dernier n’arriva pas à cacher sa surprise.
-Très bien, je vais te soulager de tes douleurs.
Il fit glisser ses doigts experts sur le dos endolori, étira les muscles, les malaxa, ce qui eut pour effet premier de faire gémir la jeune fille.
-Je te fais mal ?
-Non, bien au contraire. Ce sont des gémissements de plaisir que tu entends. Continue !
La séance durant une bonne demi-heure.
-Je vais enfiler une chemise de nuit et me coucher, déclara la Terrienne.
-Il se fait tard, il est temps pour moi de partir.
-Pas tout de suite, attends-moi dans la cuisine.
Moins d’une minute plus tard, ils se retrouvèrent de l’autre côté de la porte.
-Toutes mes courbatures ont disparu, annonça Yuko avec un sourire qui en disait long sur sa reconnaissance. Tu es un expert, je tiens à te remercier.
Elle gratifia son ami d’une bise sur chaque joue.
-Peux-tu revenir demain matin ? lui demanda-t-elle. Je t’ai parlé de moi, mais je ne connais presque rien de toi.
Cette proposition ne pouvait pas plus mal tomber. Il était formellement interdit aux extraterrestres de donner le moindre indice qui pourrait révéler leur présence sur cette planète.
-Avec plaisir !
-Au fait, dans quel hôtel es-tu descendu?
-Dans aucun. Je suis arrivé aujourd’hui à Tokyo. Tu peux m’en conseiller un dans le coin ? Je ne recherche pas le grand luxe.
-Dans ce cas, mon canapé-lit fera parfaitement l’affaire. Je te séquestre au moins jusqu’à l’aube.
Ils échangèrent un sourire radieux.
-Je te remercie pour ton hospitalité.
-Moi, je vais me coucher, je tombe de sommeil. Si tu le veux, tu peux sortir ou regarder la télévision.
-J’ai mon ordinateur portable dans mon sac. Grâce à ton aide, ce soir, je vais bien avancer dans la rédaction de mon mémoire.
La jeune fille sortit une paire de draps et une couverture d’une armoire. Ensemble, ils firent le lit.
-Bonne nuit, Bob !
-Bonne nuit, championne !
2
L’extraterrestre fut réveillé par un double impact de balles au niveau de sa poitrine. Il ne sentit aucune douleur. Son tee-shirt en fibres composites avait la souplesse de la soie et trois fois la résistance des gilets pare-balles des agents du FBI. Il n’ouvrit pas les yeux et fit le mort.
-Ce n’est pas elle ! fit une voix d’homme sur un ton dépité. On a dû se tromper d’appartement.
-Il y a une porte ici, lui répondit une autre voix masculine. Allons voir !
Ils n’avaient pas allumé la lumière, mais ils parlaient à voix haute.
Le Génusien se risqua à entrouvrir les yeux. Il distingua dans la pénombre deux silhouettes qui se dirigeaient vers la chambre. D’un geste vif, précis et silencieux, il retira de la poche de la veste de son pyjama la capsule et vaporisa le restant du gaz dans sa bouche. D’un bond, il se retrouva derrière les intrus au moment où l’un des deux ouvrait la porte. La terrienne s’était redressée dans son lit. Elle poussa un cri de terreur.
Le jeune homme tapota l’épaule du plus grand. Ce dernier se retourna brusquement et reçut un formidable coup de poing au menton. Dans la même seconde, son complice lui fit également face et se retrouva de la même manière, au pays des rêves.
Yuka regarda avec effarement les deux hommes gisant à terre et leur arme munie d’un silencieux, reposant sur le plancher. Elle essaya de parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle tremblait.
Bob s’approcha d’elle et s’assit sur le lit, à ses côtés. Elle tomba dans ses bras.
-Je les connais, réussit-elle à dire. Ils sont dans l’entourage de mon adversaire de ce soir. Ils sont venus pour la venger, ils voulaient me tuer !
Son ami essaya de la réconforter :
-La police va nous débarrasser de ces tueurs. Tu ne risques plus rien.
-Ils vont bientôt revenir à eux.
-Nous avons les moyens de nous défendre, il me semble.
Le Génusien retira la veste de son pyjama et s’en servit pour ramasser les armes sans y laisser ses empreintes.
-Ils t’ont tiré dessus ! s’exclama la Terrienne en découvrant deux trous dans le tissu, et tu n’as rien ! Mais c’est impossible ! Ton tee-shirt est intact ! C’est à ne plus rien y comprendre !
Son hôte prit un air embarrassé.
-N’essaie pas de comprendre, Yuko. Tout cela te dépasse. Il y a trop de choses inimaginables derrière moi.
La jeune asiatique regardait son mystérieux ami d’un regard pénétrant, la bouche grande ouverte.
-Pourquoi tu ne veux rien me dire ? demanda-t-elle.
-Je ne peux pas. J’ai prêté serment.
-Personne ne le saura.
-Je te connais depuis ce soir seulement. On m’a appris à me méfier de tout le monde, surtout des jolies filles.
-Tu m’as sauvé la vie ! Comment pourrais-je te trahir ?
Le pauvre garçon était confronté à un véritable cas de conscience. Pour la première fois, il se retrouvait en mauvaise posture dans ce monde dans lequel il n’avait aucun ami :la providence lui jetait dans les bras une superbe créature pour laquelle il éprouvait des sentiments de plus en plus forts et il ne pouvait rien lui dire.
Il esquiva la question.
-Ces deux là ne vont pas tarder à se réveiller, dit-il et ils ont des oreilles, tout comme les policiers que je vais appeler.
La police fut rapidement sur les lieux. Elle embarqua les malfrats sans ménagement et demanda aux deux jeunes gens de passer le lendemain matin dans ses bureaux afin de porter plainte.
Après leur départ, la Terrienne dit à son sauveteur :
-Maintenant, il n’y a plus d’oreilles dans mon appartement, excepté les nôtres. Tu peux tout me dire, je garderai tout pour moi, je te le jure.
-Je croyais que les Japonais avaient le sens de l’honneur. Que fais-tu de la parole donnée ?
-Je t’en prie, arrête avec ces clichés d’un autre âge. Il n’y a plus de morale, tu le sais bien.
-Dans ton monde, oui, mais pas dans le mien !
-Ton monde ? Viendrais-tu d’une autre planète ?
L’extraterrestre devint blanc comme un linge. Il ne répondit pas et sembla désemparé.
La Terrienne l’était à présent tout autant. Elle avait lancé cette idée en l’air sans croire un seul instant en cette éventualité.
" Ce n’est pas possible, se dit-elle, c’est complètement invraisemblable et absurde. Et pourtant, sa réaction, ce gaz qui m’a procuré une force surhumaine, ces balles tirées à bout portant qui ne l’ont même pas égratigné…. "
-Je suis désolé Yuko et je te le répète : je ne peux rien te dire.
-Je ne t’en voudrai pas si tu continues à garder le silence, mais je souhaite vivement qu’un jour tu changes d’avis.
-Cela veut-il dire que tu envisages une liaison durable entre nous ?
-Oui, c’est mon désir le plus cher.
-Mais tu ne connais presque rien de moi !
-Le peu que je connais suffit à me forger une opinion. Tu es vraiment quelqu’un de très bien Bob et je veux devenir ton amie.
Le garçon était en proie à un dilemme ; il était attiré par cette fille étrange qui faisait subir à son corps des souffrances extrêmes. Il se demandait même si elle avait toute sa raison. Cette amitié naissante pouvait lui être fort préjudiciable à plus d’un titre. Serait-il assez fort pour résister à l’emprise qu’elle commençait à exercer sur lui ? Il se décida à prendre la décision la plus cruciale de sa vie. Il mit ses deux mains sur les épaules de la Terrienne et lui dit :
-Tu es mon amie, Yuko et je serai toujours là quand tu auras besoin de moi.
La jeune asiatique se jeta à nouveau dans ses bras.
-Oh ! Merci mon Bobby ! s’exclama-t-elle Tu ne le regretteras pas.
Il lui sourit.
-Ton Bobby te conseille d’aller te coucher. Tu as eu une rude journée, tu es fatiguée.
-Mais je ne pourrai jamais m’endormir, avec tous ces événements !
-Tu te lèves à quelle heure le matin ?
-7 heures 10. Mais pourquoi cette question ?
Le Génusien alla chercher un cube dans son sac.
-Je programme ton réveil pour 7 heures 10. En attendant, tu vas dormir comme une marmotte.
Il prit son amie dans ses bras et la transporta dans son lit.
-A demain ! lui dit-il.
-Tu peux dormir avec moi, si tu le souhaites.
-Je le souhaite, mais je ne veux pas aller trop vite en besogne.
L’extraterrestre pressa un bouton sur le cube, éteignit la lumière de la chambre et sortit.
3
Yuko était en grand danger à Tokyo. Une seconde tentative de meurtre à son encontre était même fort probable, connaissant le milieu dans lequel elle vivait. Elle avait insisté auprès de son ami pour qu’il l’emmène avec lui aux Etats-Unis et qu’il l’héberge, le temps pour elle de trouver un logement et un emploi. Elle avait tous les atouts pour réussir dans cette ville de San Francisco où le catch féminin connaissait un engouement croissant auprès d’un public avide de sensations.
Le deux-pièces cuisine dans lequel il vivait temporairement, pendant la durée de la préparation de son mémoire, appartenait au groupe qui l’avait formé et qui présidait à sa destinée.
Elle bénéficiait d’un statut de résident temporaire. Durant la première semaine, le jeune couple provisoire – c’est ainsi que Bob avait qualifié leurs relations- n’avait pas chômé. Ils avaient trouvé un studio, un emploi de catcheuse et effectué toutes les démarches administratives légales.
La seconde semaine, Yuko l’occupa principalement à effectuer des achats et à aménager son appartement, parfois avec l’aide de son ami. Ce dernier passait la majeure partie de son temps à terminer la rédaction de son mémoire. Elle disputa et remporta son premier combat.
La jeune asiatique avait acquis une certaine réputation au Japon et elle était arrivée dans ce nouveau pays avec de nombreuses économies. Elle comptait bien ne pas s’arrêter en si bon chemin. Son but était d’acquérir la nationalité américaine. Pour cela, elle n’avait d’autre choix que de se faire un nom ou d’épouser un Américain, Bob de préférence.
Au petit matin, ce dernier était parti pour la journée, pour une destination qu’il ne lui avait pas révélée, présenter son mémoire au jury. Après l’avoir embrassé sur les deux joues, elle lui souhaita bonne chance.
Dans l’après-midi, quelqu’un sonna à la porte d’entrée. C’était la première visite depuis leur arrivée, deux semaines auparavant. Bob n’avait pas donné de consignes dans le cas où cette éventualité se présenterait. Yuko alla ouvrir avec l’espoir d’en apprendre un peu plus sur cet étrange locataire.
Un garçon d’une quinzaine d’années lui apparut, la surprise se lisant sur les visages de l’un et de l’autre.
Le visiteur se reprit le premier :
-Mon frère n’est pas là ?
-Tu es le frère de Bob ?
-Oui, mais qui êtes-vous ?
-Yuko, sa meilleure amie. Du moins je l’espère. Il ne t’a pas parlé de moi ?
-Non, pourtant on se voit ou on s’appelle régulièrement.
-C’est normal qu’il ne t’aie pas parlé de moi, ni à toi ni aux autres. Ca pourrait lui attirer de sérieux ennuis. D’ailleurs, lui aussi ne m’a jamais parlé de toi, ni même de lui !
-Vous vivez ensemble et ne savez pas qui il est ? s’étonna l’adolescent.
-Si, un extraterrestre ! se risqua la jeune fille.
Elle espérait qu’en cas de mauvaise réponse, il prendrait cela pour une plaisanterie. Par contre, si son invraisemblable hypothèse s’avérait exacte, elle serait fixée à propos de tous ces événements incroyables dont elle avait été le témoin.
-Il vous a dit ça ?
-Non, mais avec tout ce que j’ai vu, il n’y a pas d’autre explication possible.
A voir la mine déconfite du petit frère de son ami, elle savait maintenant que cette idée qui lui avait simplement effleuré l’esprit était la bonne. Tous deux mirent beaucoup de temps avant de se remettre de leur surprise respective.
-Comment t’appelles-tu ? demanda la Terrienne.
-David.
-Entre, David. Tu m’as demandé qui j’étais. Je vais te le dire et t’expliquer aussi pourquoi je me retrouve ici, dans l’appartement de ton frère.
Il alla s’asseoir sur le canapé. La jeune fille prit place à ses côtés.
-Je suis une catcheuse japonaise, championne de mon pays.
Son interlocuteur en resta bouche bée.
Elle lui raconta en détails les circonstances qui l’avaient conduite jusqu’ici.
-Ce soir, je dispute mon second combat. Ton frère y assistera. Tu viendras m’encourager ?
-Je ne manquerai ça pour rien au monde.
-Merci David. Tu t’entends bien avec ton frère ?
-Oui, très bien.
-Alors je vais te demander de ne rien révéler de tout ce que je viens de t’apprendre. Tu ne voudrais pas qu’il ait des ennuis ? Moi non plus. Est-ce que je peux compter sur toi ?
-Tu peux compter sur moi, Yuko.
La jeune asiatique lui posa la main sur la nuque et lui fit une bise sur le front.
-Maintenant que je te connais, je comprends pourquoi mon frère est tombé amoureux de toi.
-Je ne sais pas s’il est amoureux de moi, mais il m’aime bien.
-Moi aussi, je t’aime bien.
-Tu es adorable.
L’adolescent se leva et mit en marche la télévision.
-Je vais te montrer des images de ma planète.
-Non, David, il ne faut pas ! Ton frère ne serait certainement pas d’accord. S’il avait voulu me les montrer, il l’aurait déjà fait. On ne doit même pas lui dire que je connais la vérité.
Le Génusien éteignit le téléviseur à regret.
-J’espère qu’il te la dira, soupira-t-il.
4
Bob arriva au Boxing Center un quart d’heure avant le début du combat, la faute aux bouchons rencontrés à l’entrée de la ville. Quelle ne fut pas sa surprise de tomber nez à nez, dans une rue adjacente, avec son frère !
-Mais qu’est ce que tu fais là ? lui demanda-t-il, surpris par sa présence inattendue en ce lieu.
-Et bien, figure-toi….
-Pas le temps d’écouter tes explications. Suis-moi !
Il était déjà venu ici, assister à l’entraînement de sa protégée. Après quelques enjambées, il frappa à la porte numéro 8.
-Entre Bob !
La présence de David surprit la jeune athlète.
-Allonge-toi vite ! Il ne me reste que dix minutes pour te masser.
-Vingt minutes, la réunion a pris du retard.
La séance de massage commença aussitôt.
-Alors, ton mémoire ? s’enquit Yuko.
-Accepté, avec mention très bien.
Le masseur bénévole se tourna vers son frère.
-Je t’écoute.
Son cadet lui fit un récit fidèle de sa rencontre matinale.
-Je n’ai rien à vous reprocher, ni à l’un, ni à l’autre, les rassura Bob. Nous partageons un secret, rien ne doit transpirer. S’il y a un fautif, c’est moi.
-Tu as été victime d’un concours de circonstances, dit Yuko pour réconforter son ami mal à l’aise. Tu as réagi chaque fois en humain et si tu n’avais pas été là, je ne serais plus de ce monde.
On frappa à la porte.
-C’est à vous ! fit une voix de l’autre côté.
-J’arrive ! cria la catcheuse.
-J’espère que tu vas gagner, dit David.
-Oui, le combat est arrangé d’avance. Je suis la gentille, l’autre joue le rôle de la méchante.
-Ces Terriens m’étonneront toujours, soupira le masseur venu d’un autre monde.
-A partir de maintenant, je suis en vacances pendant trois mois, dit le nouveau diplômé à sa catcheuse préférée, à l’issue de son combat victorieux.
-Et qu’envisages-tu de faire pendant tout ce temps ? lui demanda cette dernière.
-Voyager, visiter le monde.
-Avec ta petite amie ? je suppose.
-Je n’ai pas de petite amie.
-Bob, intervint David, tu veux dire que tu n’en avais pas ?
-Petit frère, veux-tu te taire !
-Moi aussi, je suis en vacances, déclara la Terrienne d’un air malicieux. Je n’ai pas de contrat de travail. Je combat en free-lance.
-Bob, c’est quand même mieux à deux !
-Tiens, voici les clés de mon appartement. Je vais dormir chez Yuko. Bonne nuit, petit frère !
-Bonne nuit, David ! répéta la jeune asiatique.
Une fois seuls, cette dernière demanda :
-Tu as une destination précise ?
-Pour commencer, l’extrême Grand Nord canadien. C’est un endroit magnifique et j’ai toujours rêvé de contempler les aurores boréales.
-Et comment comptes-tu t’y rendre ? En bus ?
-Dans un véhicule approprié que vous appelez vulgairement une soucoupe volante.
La Terrienne s’arrêta net, en plein milieu de la rue.
-Ne reste pas plantée là, tu vas te faire écraser.
L’extraterrestre l’aida à regagner le trottoir.
-Mais c’est un petit modèle, lui précisa-t-il. Il peut effectuer un vol suborbital, mais il ne peut pas se placer en orbite autour de la Terre. Tu verras comme ta planète est belle, vue de l’espace.
Les jambes de la championne japonaise flanchèrent. Elle se raccrocha à cet être venu d’ailleurs. Ce dernier l’assit sur un banc situé par chance juste à côté d’eux. Il passa son bras par dessus l’épaule de son amie et lui dit :
-Mon petit frère a raison : à deux, c’est mieux, surtout avec sa petite amie.
-Ca veut dire que….
-Je t’aime, Yuko.
-Moi aussi je t’aime, Bob, mais on ne peut pas s’unir, on appartient à deux mondes différents.
-Nous avons la même origine, les mêmes gènes. Nous sommes tellement humains que les miens n’envisageront même pas de s’opposer à notre union. D’ailleurs, deux Terriennes se sont déjà unies à des Génusiens. Il n’y a pas de problèmes entre eux, ni avec nous. Tu seras la troisième, si tu acceptes ma proposition.
-Je l’accepte avec joie !
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